Le chef-d’œuvre initiatique et contemplatif de Nicolas Roeg. Un des films les plus marquant du cinéma australien des années 70's.

WALKABOUT (La Randonnée)

Un film de Nicolas ROEG

Sortie en salles : 8 avril 2026
1971 | Australie / Britannique | Dame - Aventure | 100 | scope
couleur | VOSTF | Visa n°39025 | Titre original : WALKABOUT

Deux adolescents Australiens, un frére et une soeur, se retrouvent abandonnés dans le bush. Survivant tant bien que mal dans le désert hostile, ils rencontrent un jeune Aborigène en plein « walkabout », une errance initiatique rituelle.

WALKABOUT (La Randonnée) - Affiche

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A propos du film :

Sorti en 1971, La Randonnée s’impose comme une œuvre majeure du cinéma des années 1970 et comme un jalon essentiel du renouveau du cinéma australien. À travers le récit simple de deux enfants abandonnés dans le désert australien qui rencontrent un jeune Aborigène en plein rite initiatique, Nicolas Roeg construit un film d’une profondeur et d’une modernité remarquables.

La première valeur du film réside dans sa puissance visuelle. L’Outback australien y est filmé avec une intensité rare : lumière éclatante, immensité minérale, faune et flore saisies dans leur beauté brute. La nature n’est pas un décor mais une force vivante, presque spirituelle, qui façonne les personnages et révèle leur vulnérabilité. Chaque plan témoigne d’un sens aigu de la composition et du rythme, faisant de l’image le véritable moteur narratif.

Mais La Randonnée dépasse la simple contemplation esthétique. Le film interroge profondément la notion de civilisation. Face à l’hostilité du désert, les certitudes occidentales vacillent. Le jeune Aborigène, en harmonie avec son environnement, incarne une autre forme de savoir, instinctive et organique. Roeg évite tout didactisme : il suggère, oppose, met en tension deux visions du monde sans jamais trancher explicitement. Cette ambiguïté donne au film sa richesse et sa modernité.

La narration, elliptique et sensorielle, constitue une autre dimension essentielle de sa valeur. Les silences, les regards, les gestes prennent le pas sur les dialogues. Le montage fragmenté, caractéristique du style de Roeg, crée une expérience presque hypnotique où le spectateur est invité à ressentir plutôt qu’à analyser. Cette audace formelle a fortement influencé le cinéma d’auteur contemporain.

Enfin, la portée universelle du film explique sa longévité. Derrière l’histoire d’une survie dans le désert se dessinent des thèmes intemporels : le passage à l’âge adulte, la perte de l’innocence, la difficulté de communication entre les cultures, la nostalgie d’un monde en harmonie avec la nature. Plus de cinquante ans après sa sortie, La Randonnée conserve une résonance particulière à l’heure des questionnements écologiques et identitaires.

Le succès et la valeur artistique de La Randonnée reposent en grande partie sur la justesse et la sobriété des performances. Le film exige un jeu minimaliste, presque instinctif. Les silences, les regards et les gestes remplacent les dialogues explicatifs.

La rencontre entre Jenny Agutter et David Gulpilil incarne la tension entre deux mondes — occidental et aborigène — tandis que la présence de Luc Roeg renforce la dimension initiatique et universelle du récit.

Ensemble, ces interprètes contribuent à faire de Walkabout une œuvre profondément humaine, où l’émotion naît de la simplicité et de la vérité des corps face à l’immensité du monde.

Œuvre contemplative, poétique et troublante, La Randonnée demeure un film d’une grande valeur artistique et culturelle. À la croisée du cinéma britannique et du cinéma australien, il continue d’impressionner par sa beauté plastique, sa profondeur symbolique et son pouvoir d’évocation.

Se réapproprier le monde !

Hypnotique. C’est l’effet que produit la « balade sauvage » à laquelle nous convie Nicolas Roeg dans Walkabout, méditation panthéiste et cruelle sur la société occidentale et les rapports troublés entre l’homme et la nature. Après quelques plans furtifs d’une métropole bruissante, où l’activité humaine semble incessante, le cinéaste arrache à la « civilisation » une adolescente et son petit frère pour les projeter, seuls, dans une vaste étendue désertique. C’est alors que leur trajectoire de survie commence – ou plutôt, leur réapprentissage de la vie. Car il s’agit bien du parcours initiatique de deux enfants qui, à travers leur odyssée sauvage et leur rencontre avec un jeune Aborigène, vont peu à peu se réapproprier le monde. Les images de ces hommes affairés, au début du film, puis, bien plus tard, de ce boucher qui coupe mécaniquement la viande ou de ces scientifiques lorgnant une jeune femme d’un œil concupiscent sont comme annonciatrices de l’inexorable aliénation à laquelle la soi-disant modernité destine nos deux jeunes protagonistes : tels Robinson Crusoé face à Vendredi, l’adolescente et le petit garçon abandonnent leurs réflexes occidentaux, se débarrassent de leur uniforme d’écolier et finissent même par se défaire de leur radio, ultime lien qui les rattachait encore à la société contemporaine. La séquence où la jeune fille, qu’on a découverte corsetée dans sa jupe et son costume, s’ébat, nue, dans un lac d’eau claire est emblématique de sa libération physique et mentale.

Mais Walkabout n’est pas un hymne pastoral et candide à la Nature. Malgré la majesté des paysages et la chaude lumière qui vient caresser les personnages, Nicolas Roeg filme les dangers qui guettent les enfants à leur insu, à l’instar de Charles Laughton dans La nuit du chasseur : ici un python, là un scorpion, plus loin encore un étrange animal qui en dévore un autre et, bien entendu, l’omniprésence d’un soleil implacable brûlant tout sur son passage. Face à cette nature parfois hostile, le jeune Aborigène se révèle un guide bienveillant avec les deux Occidentaux. Et surtout, le cinéaste montre qu’entre êtres humains, la communication peut s’établir, en dépit de la barrière de la langue. Dans cette magnifique relation qui se tisse entre les trois protagonistes, le petit garçon est un médiateur poétique, dans la grande tradition du cinéma fantastique où les enfants assurent le lien entre le monde réel et le fantasmagorique. Décidément, Walkabout n’en finit pas de dévoiler ses merveilles…

La Randonnée et l'Australian New Wave :

Sorti en 1971 et réalisé par Nicolas Roeg, La Randonnée occupe une place essentielle dans l’histoire du cinéma australien. Bien que Roeg soit britannique, le film s’inscrit pleinement dans le renouveau du cinéma australien des années 1970, souvent appelé Australian New Wave.

À cette époque, l’Australie cherche à affirmer une identité cinématographique propre. La Randonnée participe à ce mouvement en mettant en scène l’Outback comme un espace à la fois réel et mythique. Le désert n’est pas un simple décor : il devient un personnage à part entière, façonnant les destins et révélant la fragilité humaine.

Le film explore également la rencontre entre culture occidentale et culture aborigène, un thème central dans de nombreuses œuvres australiennes ultérieures. En donnant une place importante au jeune Aborigène et à son rite initiatique, Roeg contribue à inscrire la question identitaire et culturelle au cœur du paysage cinématographique national.

Par sa puissance visuelle, sa narration fragmentée et son approche sensorielle, La Randonnée a influencé toute une génération de cinéastes australiens. Il a ouvert la voie à des films contemplatifs où la nature, l’isolement et la confrontation culturelle deviennent des motifs majeurs.

Aujourd’hui encore, le film est considéré comme l’un des jalons fondateurs du cinéma australien moderne : une œuvre à la fois poétique, radicale et universelle, qui a contribué à faire rayonner l’Australie sur la scène internationale.

A propose de Nicolas Roeg :

Nicolas Roeg

Réalisateur, chef opérateur (1928–2018)

Figure majeure du cinéma britannique, Nicolas Roeg naît le 15 août 1928 à Londres. Il débute dans l’industrie cinématographique dans les années 1950 comme opérateur caméra, avant de devenir directeur de la photographie. Cette formation technique marque profondément son regard : chez Roeg, l’image précède souvent le dialogue, et la construction visuelle devient la matrice du récit.

Comme chef opérateur, il travaille notamment sur Fahrenheit 451 de François Truffaut**, expérience déterminante qui consolide son goût pour une mise en scène stylisée et un rapport audacieux au temps et à la mémoire.

Il passe à la réalisation en 1970 avec Performance, coréalisé avec Donald Cammell. Film psychédélique et provocateur, Performance explore l’identité et la dissolution des repères à travers la rencontre entre un gangster et une rock star. Dès ce premier long métrage, Roeg affirme une signature singulière : montage éclaté, temporalité fragmentée, glissements sensoriels.

L’année suivante, il réalise Walkabout (La Randonnée), œuvre contemplative tournée en Australie. Le film, centré sur la rencontre entre deux enfants occidentaux et un jeune Aborigène dans l’Outback, s’impose comme l’un des jalons du renouveau du cinéma australien des années 1970. Roeg y développe une écriture visuelle d’une puissance rare, où la nature devient un personnage à part entière.

En 1973, il signe Don’t Look Now (Ne vous retournez pas), thriller psychologique adapté de Daphné du Maurier. Situé dans une Venise labyrinthique, le film est aujourd’hui considéré comme un classique du cinéma fantastique et l’une des œuvres les plus marquantes sur le thème du deuil et de la prémonition.

Avec The Man Who Fell to Earth (L’Homme qui venait d’ailleurs), porté par David Bowie, Roeg poursuit son exploration de l’altérité et de l’isolement. Cette fable de science-fiction mélancolique confirme son statut de cinéaste culte, capable de mêler expérimentation formelle et réflexion existentielle.

Dans Bad Timing, il dissèque la passion amoureuse à travers une narration éclatée et troublante. Puis viennent Eureka, méditation sur la richesse et la fatalité, et The Witches (Les Sorcières), adaptation du roman de Roald Dahl qui révèle sa capacité à investir un registre plus accessible tout en conservant sa singularité visuelle.


Style et apport au cinéma

Le cinéma de Nicolas Roeg se distingue par une utilisation novatrice du montage. Les temporalités s’y entremêlent, les souvenirs surgissent au cœur du présent, et l’image devient un vecteur émotionnel autonome. Son approche privilégie l’intuition et la sensation plutôt que la narration linéaire.

Ses films explorent des thèmes récurrents : l’altérité culturelle, la perte de repères, la sexualité, la mémoire, la fragilité de la civilisation moderne. L’espace — désert australien, Venise brumeuse, paysages urbains déshumanisés — joue toujours un rôle structurant.


Héritage

Considéré comme l’un des cinéastes les plus audacieux des années 1970, Nicolas Roeg a profondément influencé le cinéma d’auteur contemporain. Son œuvre, à la croisée de l’expérimental et du narratif, continue d’être redécouverte et restaurée, confirmant son importance dans l’histoire du cinéma international.

Son travail demeure une référence pour tous ceux qui envisagent le cinéma comme un art du regard et du temps.

A propos des acteurs :

Jenny Agutter

Née le 20 décembre 1952 au Royaume-Uni, Jenny Agutter est l’un des visages marquants du cinéma britannique des années 1970. Elle débute très jeune à l’écran et acquiert une notoriété internationale grâce à The Railway Children, succès familial qui révèle sa sensibilité et sa présence lumineuse.

En 1971, elle incarne l’adolescente perdue dans l’immensité du désert dans La Randonnée. Son interprétation, presque dépourvue de dialogue, repose sur le regard, le corps et la fragilité silencieuse. Ce rôle devient emblématique de sa carrière et contribue à l’aura poétique du film.

Elle poursuit ensuite une carrière internationale avec des films comme An American Werewolf in London ou Logan’s Run. Alternant cinéma, télévision et théâtre, Jenny Agutter est reconnue pour son élégance naturelle et son intensité intérieure, qualités déjà pleinement perceptibles dans Walkabout.

Luc Roeg

Luc Roeg, fils du réalisateur Nicolas Roeg, incarne le jeune frère dans La Randonnée. Son jeu repose sur une spontanéité et une innocence qui renforcent la dimension initiatique du récit.

Son interprétation, marquée par la curiosité et l’adaptation progressive à la vie sauvage, donne au film une authenticité touchante. Contrairement à Jenny Agutter, il ne poursuivra pas une carrière d’acteur importante, mais sa performance dans Walkabout demeure associée à l’une des figures enfantines les plus marquantes du cinéma des années 1970.

David Gulpilil

Né en 1953 en Terre d’Arnhem, en Australie, David Gulpilil est issu du peuple Yolngu. Repéré pour ses talents de danseur traditionnel, il est choisi pour incarner le jeune Aborigène dans La Randonnée. Ce rôle marque l’une des premières apparitions majeures d’un acteur aborigène dans le cinéma international.

Sa présence magnétique, sa gestuelle et son aisance physique donnent au film une dimension culturelle et symbolique essentielle. Gulpilil ne joue pas simplement un personnage : il apporte une authenticité et une connaissance intime de la culture aborigène qui structurent profondément le film.

Après Walkabout, il devient une figure majeure du cinéma australien, apparaissant notamment dans Storm Boy, Rabbit-Proof Fence et Ten Canoes. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des acteurs autochtones les plus importants de l’histoire du cinéma australien.